Il y a la musique qui vous accompagne et celle qui vous aide à vivre. Celle d’Ibrahim Maalouf fait définitivement partie de la seconde catégorie, notamment avec la sortie de ses deux derniers opus. Avec Red and Black Light et Kalthoum, c’est sous le signe d’un hommage à la femme que le musicien a décidé de creuser deux sillons différents dans la recherche musicale qu’il a entamée depuis quelque temps déjà.

D’abord, Red and Black Light. C’est le résultat d’une « envie de dessiner l’importance et la nécessaire complexité des choses et des personnes essentielles » (source : site Internet du musicien) partagée entre Maalouf et l’équipe qui l’entoure (Eric Legnini aux claviers, François Delporte à la guitare et Stéphane Galland à la batterie). Essentielles, c’est le titre d’un morceau de cet album dédié à la femme, celle qui fait face au quotidien souvent dans l’ombre et malgré les obstacles pour tenter d’obtenir une certaine stabilité, de dessiner un avenir meilleur. Ici, le musicien pense surtout aux femmes de sa vie, entre sources d’inspiration constante et soutiens sans faille. Sous un aspect pop en surface – le trompettiste reprend par exemple « Run the World » de Beyonce – se cache une architecture complexe rendue, de ce fait, accessible à un public large. Il avoue lui-même avoir masqué l’écriture mathématique de sa musique par une surface plutôt pop. Un savant équilibre entre simplicité et complexité à l’image de la femme, et plus largement de tous les être humains, voilà peut-être comment résumer en quelques mots cet album à mettre entre toutes les mains.

Avec Kalthoum, une fois de plus, Ibrahim Maalouf nous embarque dans son univers dès les premières notes de son « Introduction ». Ce disque est fondé sur la continuité avec sept morceaux qui s’enchainent, se lient et pourtant arrivent à se différencier et à ne pas paraître répétitifs. Ce fil conducteur, c’est l’un des plus grands succès de la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum qui a bercé l’enfance du trompettiste, « Alf Leila Wa Leila » (« Les Milles et Unes Nuits », 1969). Le trompettiste ne se limite pourtant pas à la reprise, il réinvestit avec succès cette suite avec l’aide de l’équipe de son album Wind de 2011 (Larry Grenadier à la contrebasse, Clarence Penn à la batterie, Mark Turner au saxophone et Frank Woeste au piano). Comme dans le morceau original, l’improvisation trouve toute sa place, mais cette fois au carrefour des différents styles musicaux contemporains dont se nourrit le compositeur et interprète. Aux rythmes orientaux se mêlent les sonorités jazz et pop qu’affectionne particulièrement Maalouf, pour un rendu harmonieux. Justement le musicien le dit et le répète à qui veut bien l’entendre : ces albums sont le fruit de véritables recherches musicales plus que d’une volonté de s’inscrire dans la catégorie jazz. Sans refuser l’étiquette, il garde toute la liberté qui marque en profondeur son œuvre depuis la sortie de son premier album Diasporas en 2007. Les influences se mélangent au gré du génie et des rencontres. Le résultat est novateur au milieu d’une scène musicale française, et plus largement d’une scène internationale, qui manquent parfois de souffle créatif et qui se reposent trop souvent sur ce qui marche auprès du public.

 

 

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